L’espace sonore : dimensions in-situ et dimensions hors-champs
2016
Au-delà de l’interrogation portant sur les procédés, les méthodes et les techniques à mettre en place par les métiers du paysage en fonction des localismes sociaux-spatio-temporels singuliers, le thème porte sur la dimension des rapports sensibles aux espaces sonores ordinaires en milieu urbain, à partir de questionnements individuels portés par une pratique à la fois sonore et expérimentale autour de la dimension du jardin.
L’ambiance sonore d’un lieu semble naturellement liée à l’espace qui se caractérise par sa variabilité temporelle, laquelle bascule sans cesse d’une limite à une autre, par transitions ou contrastes multiples tout en redéfinissant les contours de celui-ci.
L’espace sonore : dimensions in-situ et dimensions hors-champs questionne non seulement sur les relations entre perception, lecture, transcription et représentation d’un paysage, mais aussi sur la notion d’ambiance urbaine so- nore d’un lieu.
Le potager du Roi pris au sens du Jardin de la Villa Le Nôtre étant le point d’entrée, formes spatiales et formes sociales s’y rencontrent autours de nouveaux paradigmes. C’est aussi là que peut résider l’accroche du thème de projet: les méthodes qui seront développées au sein de la Résidence Le Nôtre en faveur de la perception sonore
du jardin du potager du Roi, de ses jardiniers, des étudiants de l’ENSP, des visiteurs et des multiples acteurs qui infléchissent ou prolongent sa « forme » en milieu urbain, questionnent les dimensions de l’environnement (son, lumière, visibilité, objets saisis au niveau sensoriel et physique), du milieu (interactions, échanges sociaux), du paysage (formes saisies au plan esthétique et autour des usages), de la relation au grand territoire de la plaine de Versailles (au-delà des murs) et plus encore.
Le thème du projet essayera de démontrer l’importance du dessin d’un lieu, de la place de la nature en milieu urbain et, plus particulièrement, de celle des plantes, comme facteurs déterminants dans l’évaluation spatiale et sonore d’un lieu clos et ouvert à la fois.
Plus généralement et de manière transdisciplinaire entre le paysage, l’art contemporain (sound art) et la science,
il sera question de révéler les relations qui lient nature et culture. L’écosophie sonore constituera l’un des points d’accroches.
L’installation sonore examinera l’impact du jardin et les représentations mentales de sa perception en milieu urbain. C’est aussi par la multiplicité des échanges qu’une cartographie sonore des déplacements peut s’envisager.
Afin d’alimenter la restitution de la pièce sonore, un travail de cartographie sera réalisé par le biais de prises so- nores et d’ateliers d’écoutes en de multiples points et configurations différentes, à la fois dans et hors le potager, expressions d’une multiplicité.
Ce travail de recherche sonore du potager de Versailles dans ses limites et au-delà de son enceinte, intègre aussi la question des saisons (impacts perceptifs et imaginaires associés à la saisonnalité) et donc la dimension du temps et du processus lent des différentes étapes de croissance des plantes dans l’évaluation spatiale.
Il s’agira de dévoiler la dimension du sauvage dans la régularité des tracés, déformation sans cesse d’une géométrie générée par la main de l’Homme mais différée sous l’impulsion des plantes, des insectes, des animaux, etc.
Il a été démontré récemment l’importance de prise de décisions de l’Homme dans l’équilibre entre agriculture, culture, et faune afin que la diversité puisse s’installer et le processus s’intensifier.

Production visée :
Installation et cartographies sonores avec restitution par système sonore spatialisé en octophonie (8 enceintes qui permettent une immersion totale dans l’espace). Capteurs sensoriels de mouvements/contacts/météorologiques avec système de contrôle Arduino permettant une esthétique relationnelle entre l’installation sonore (oeuvre) et les spectateurs ou bien par les conditions climatiques (pluie, soleil…).


2016
Proposition d’une installation sonore itérative:
Le projet Tinnitus – bourdonnement, se développe au sein du grand carré du potager du roi. le médium utilisé est le son. Afin de « spatialiser » le grand carré, un système d’octophonie est installé en 8 points de diffusions sonores jalonnant un parcours. le visiteur-auditeur peut de fait, être immergé dans ce que l’on appelle l’étendue sonore : le son se propage différemment dans un espace ouvert que dans une pièce close et fermée où il est contenu par les limites données à l’espace (murs, sol et plafond). Dans le potager du roi, aucune façade immédiate ne permet de réverberer le son, celui-ci se disperse donc, le son s’évapore.
le potager du roi est un jardin cultivé et organisé autour d’un grand carré composé de 16 car- rés avec 12 jardins autour . Dans la continuité de l’approche qu’en ont les jardiniers, notamment sur les questions de gestion différenciée, l’idée est d’immerger le visiteur à travers l’écoute d’un essaim d’abeilles qui retranscrit un mouvement, une série de vecteurs : tantôt aléatoire, tantôt linéaire. le visiteur peut ainsi suivre les vrombissements d’un essaim d’abeille lorsqu’il déam- bule d’une extrémité à l’autre du potager ou bien dans une autre temporalité, se sentir immergé comme envahi par les abeilles et ce de manière circulaire en différents points de l’espace.
les abeilles sont des insectes en voie de disparition, il semble important de dénoter leur rôle d’un point de vue écosophique et écologique puisque qu’elles permettent un équilibre naturel scienti- fiquement indéniable. l’effet suscité est d’englober littéralement le visiteur : il peut être à la fois paniqué car encerclé par des vols d’abeilles qui l’attaquent et parce qu’il n’en perçoit pas la forme visuelle, ou bien surpris d’entendre une telle intensité presque illusoire.
ce dispositif permet donc à travers sa diffusion de transposer une ambiance sonore présente dans le potager mais ici intensifiée par le dispositif sonore. le son généré par le frottement des ailes des abeilles est immédiatement reconnaissable et conceptualise donc dans sa forme, une image directe chez le spectateur. cette omniprésence d’abeilles générée par le son fait figure de revendi- cation pour une espèce en voie d’extinction.
ce dispositif propose aussi une lecture de potager du roi comme support pédagogique d’une diversité biologique ou chaque métamorphose naturelle ou infléchie par les jardiniers enrichit jour après jour le projet initial de Jean-Baptiste de la Quintaine.

Proposition Atelier Son et Paysage:
Dans l’atelier pédagogique et d’interaction sonore sur le paysage, il est question de faire dé- couvrir des sonorités du Potager du Roi en faisant travailler un groupe de 10 participants afin de développer l’apprentissage de l’écoute et faire apprendre quelques bases de la composition electro-acoustique.
1/ IDENTIFIER – séance d’écoute
Dans une première étape, il est demandé aux participants de reconnaître différents sons natifs du potager et au delà. L’écoute est au centre de cet exercice d’attention, tout comme un jeu où il s’agirait de reconnaître qui est le chanteur d’une chanson, développant ainsi la rapidité et l’éveil de l’ouïe.
2/ REPRODUIRE – s’enregistrer
Dans une seconde étape, le participant est invité à enregistrer les sons qu’il a précédemment identifié. La notion de mimétisme de la voix tente de permettre aux participants de mettre en pratique ce qu’il conceptualise de l’écoute. Cette seconde étape permet aux participants de développer leur créativité en inventant par exemple de nouveaux sons electroniques ou élec- tro-acoustiques et en s’appropriant les outils de captation du son en espace extérieur.
3/ S’EXPRIMER –filmer la nature et monter une vidéo avec du son
Dans cette dernière étape, il sera question de filmer le jardin.
Une initiation au montage vidéo/son leur sera proposé afin de synchroniser les deux matériaux fabriqués. Le résultat résultera des différentes approches et sensibilités de chacun.


2016
La Clairière Insulaire
14-18, ses morts, ses conséquences internationales et locales, ses cimetières qui ponctuent la campagne de la somme, paysages modifiés, reconstruction, hantent toujours notre géographie phy- sique et mentale.
Dans le cadre du festival « Art, villes & paysage-Hortillonnages « Amiens, Festival international de jardin 7e édition », nous nous inscrivons dans une démarche pérenne d’occupation d’une parcelle.
D’une part, nous développerons un jardin de légumes anciens cultivé en respectant le modèle bio et comprenant un compost pour le fertiliser (technique des andains). les associations pourront alors profiter en abondance de produits frais et des variétés anciennes rares et souvent disparues des cultures contemporaines.
Au travers du prisme de l’écosophie, où l’homme n’est pas au centre du monde, la bande cultivée de cataires ne sera pas destinée seulement aux visiteurs mais plus particulièrement à la faune do- mestiquée ou inapprivoisée environnante. ici à destination des chats très attirés par cette espèce.
Afin de préserver les berges et en limiter le travail d’érosion, nous installerons des perches de saules disposées aléatoirement et de différentes hauteurs. il s’agit ici de reprendre la technique de fascinage mais sous une forme différente. les saules seront recépés chaque année afin de former un chevelu racinaire important, stabilisant la terre au contact de l’eau. les rameaux issus de la taille serviront à nouveau de perches pour d’autres secteurs du jardin.
D’autre part, notre volonté est de faire écho à la guerre de 1914/1918 qui frappa particulièrement notre région par le biais d’interventions physiques principalement sonores et en changeant aussi les rapports de perspectives et les sensations des visiteurs.
Le jardin comme faille mentale et physique
le jardin que nous envisageons repose sur le principe de la faille : Une tranchée creusée qui sépare le jardin en deux bandes.
toute poussée, élévation représente généralement dans notre imaginaire l’espoir, la vie. ce qui se creuse, s’enterre, s’enfouit … un rappel funèbre. nos plaines picardes révèlent régulièrement ces résurgences, appellent ce passé traumatique que fut 14-18. comme obus, mines , grenades qui remontent à la surface. ce dispositif de tranchée évoque certaines photographies de sophie ristel- hueber.
la palette végétale renvoie aux cultures potagères des femmes et enfants n’étant pas mobilisés sur le front. nous amplifions cette image par la diffusion sonore dans le jardin de chants d’époques, de rires d’enfants mais aussi de discours politiques optimistes vantant la grandeur de la France.
D’un côté de la tranchée, des légumes anciens. De l’autre côté, le jardin de cataires et d’orties, uti- lisés pour les soupes durant les périodes dures de la guerre, tout comme les topinambours rendus célèbres pour remplacer les pommes de terre beaucoup plus onéreuses et rationnées.
La tranchée: un désordre du regard
l’idée d’un boyau central reprend et évoque, bien sûr, les tranchées de 14 -18, mais aussi permet de susciter un jeu de regard à partir d’un belvédère inversé. Belvédère, qui, à hauteur de l’œil permet tout autant de révéler les fluctuations des hauteurs d’eau du marais que de pouvoir regarder pous- ser les légumes et salades anciens à une hauteur qui associe le regard de l’homme à la croissance des plantes.
ceci renvoie au principe d’écosophie que nous avons relevé en introduction du projet. le végétal est à l’honneur et replace l’homme à une échelle plus humble, celle des plantes.
la tranchée renvoie aussi à la vie quotidienne des soldats dans les tranchées dont la ligne d’horizon se réduisait à un amas de barbelés, d’arbres ou souches calcinées. no man’s land où la vie finira peu à peu à reprendre ses droits.
La balançoire: une apparence trompeuse
Une balançoire oscille à la fois sur la berge et au-dessus de l’eau. celle-ci se trouve dans l’axe de la perspective tracée par la tranchée. l’œil du regardeur se projette alors au-dessus de ces bandes référence certes à l’escarpolette, comme celle de Fragonard, évocatrice de joie de vivre, de sensua- lité, référence aux «Fêtes Galantes» de Watteau mais aussi aux désillusions que pressentait peut- être Verlaine dans le recueil du même nom.
ne nous y trompons pas. la balançoire nous interroge sur une forme d’ivresse. A mesure que son balancement s’accélère, elle nous étourdit, modifie nos repères. ce balancement entre le ciel et la terre, entre vie et mort…. Un surplomb illusoire, cible d’une balle perdue…. la balançoire, dominant cette tranchée, engendre un va et vient entre avenir et passé.
l’escarpolette joue alors de ce regard indécis entre le perceptible et l’imperceptible; le paysage et la pousse des plantes, sur un rapport de temporalité entre pousse végétative et la vitesse scopique d’un balayage proche du zapping.
le parcours s’achève par des éclats de miroirs déformants suspendus dans les arbres. Une pertur- bation, une agression de l’œil quand le soleil scintille sur ces éclats fichés aux tréfonds des corps. le camouflage des plantes est ainsi obtenu grâce à ces éclats de miroir qui modifient significative- ment l’espace environnant. ces verres déformants rappellent aussi le sort réservé aux « Gueules cassées», auxquels les miroirs étaient interdits.
nous proposons également un parcours sonore sous forme d’audioguide. A chaque parcelle du parcours, des sons (lettres de poilus, de politiques, témoignages d’artistes, de poètes, d’écrivains, chansons, mais aussi vie quotidienne à l’arrière du front) projettent le promeneur dans un univers de mémoires lié à la première guerre.